samedi 6 février 2010

Crise du territoire à Mayotte : l’exemple de la pêche artisanale

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Crise du territoire à Mayotte : l’exemple de la pêche artisanale
Antoine Wickel
Résumé | Index | Plan | Notes de l'auteur | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteur
RÉSUMÉS
Français
English

Cet article expose une société mahoraise aujourd’hui en pleine mutation, prise entre la culture comorienne régionale et l’occidentalisation rapide des modes de vie. On retrouve un territoire à deux vitesses, théâtre d’enjeux très importants qui concernent aussi bien l’échelle locale qu’internationale, et qui conduisent l’île vers un avenir très incertain.
L’exemple du secteur de la pêche artisanale et du projet de mise en place d’un Parc naturel marin donne une illustration des intérêts et des difficultés prévisibles d’un projet de gestion intégrée participative en territoire ultramarin. Autrement dit, dans quelle mesure le processus de concertation pour une cogestion des ressources territoriales reste tributaire de la stabilité du contexte sociopolitique, et à l’inverse en quoi peut-il favoriser une certaine équité sociale et culturelle (surtout en outre-mer) ?
Dans ce cadre, cet article met en avant l’utilité du concept de territorialité, qui permet de comprendre l’influence culturelle sur la perception des ressources, des risques,..., mais qui révèle aussi les jeux de pouvoir implicites. Ainsi s’offre à nous une vision plus réaliste des possibilités de concertation au sein du système littoral, permettant d’intégrer les acteurs locaux en tant que citoyens d’une part, et développant des stratégies dans un jeu d’acteurs complexe d’autre part.



Mayotte is a small French island of the Comoros archipelago, in the Mozambique channel. Since few years, Mahoran society knows sudden changing, from the Comorian regional culture to a fast Westernization of lifestyles. These two cultural approaches lead the territory, scene of very important local as international issues, towards an uncertain future.
The case of local artisanal fishery, planned to be managed by a new tool (Marine Natural Park), shows us the importance and problems of participative management in overseas French territories. While consultation process and co-construction of territorial resources implies a sort of social and cultural respect (particulary in overseas areas), socio-political context strongly influences that process.
Usefulness of the territoriality concept is highlightened in this article. According to this concept, perception of natural resources depends on local culture. Moreover, it reveals some implicit power strategies. Therefore, this study provides some realistic opportunities in the way of consultation within the coastal area, integrating local actors as citizens, developing strategies in a complex set of actors.


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ENTRÉES D'INDEX
Index de mots-clés :territorialité, immigration, Mayotte, pêche artisanale, identité territoriale
Index by keywords :immigration, territoriality, Mayotte, artisanal fishery, territorial identity
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PLAN
Introduction
L’île au Lagon : culture « de frange » et administration française
Modernisation des traditions ou précarité du développement : l’exemple de la pêche
Concordances et discordances des territorialités maritimes
Territoires recomposés et identités malmenées
Des territorialités à bâtir : la mobilisation de la notion de patrimoine
Conclusion
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NOTES DE L'AUTEUR
Cet article a été rédigé en octobre 2008 et ne tient donc pas compte du référendum pour la départementalisation de Mayotte, qui s’est tenu le 29 mars 2009, et à l’issue duquel le « oui » l’a emporté avec 95% des voix (pour une participation d’un peu plus de 60% du corps électoral).
TEXTE INTÉGRAL
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INTRODUCTION

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Le présent travail s’inscrit dans un nouveau courant de recherche tendant à souligner l’importance de la prise en compte du pilier social du développement durable. Il restitue les résultats d’une étude effectuée dans l’île de Mayotte, territoire sous administration française située dans l’archipel des Comores (Sud-ouest de l’Océan Indien).


  • 1  « Mahorais » : relatif à Mayotte.
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Le contexte local se prête bien à cette réflexion : « l’île au lagon » est entourée d’un complexe récifo-lagonaire au patrimoine écologique exceptionnel mais menacé (Wickel et Rolland, 2004), support de multiples activités humaines, notamment la pêche, pratiquée par une population autochtone encore très traditionnelle. De plus, le lagon mahorais1, qui constituait déjà le produit d’appel principal pour le développement touristique de l’île, a été récemment choisi pour faire l’objet d’un projet de gestion environnementale à l’aide d’un nouveau type d’aire protégée fondé sur une démarche de décision et de gestion participatives : le Parc naturel marin (PNM).


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L’objectif de cet outil n’est pas d’imposer une réglementation stricte quant à l’utilisation des ressources, mais bien de co-construire un projet de gestion de ces ressources. Cette démarche nécessite un processus de concertation avec les acteurs locaux, qui sera établit sous la forme d’un comité consultatif composé des représentants des différents acteurs locaux et organisé par les représentants de l’Agence des aires marines protégées à Mayotte. Le principe fondamental des PNM est en effet d’associer les collectivités territoriales et les usagers aux décisions de l’État en mer, autour d’un objectif de protection et de gestion durable, dans une optique de gestion intégrée des activités (Guézel, 2007).


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Dans cette optique, il est intéressant d’établir une description des territorialités « préexistantes » chez les pêcheurs locaux. Le concept de territorialité est entendu ici selon une de ses acceptions en sciences humaines, à savoir comme le processus de construction sociale par lequel l’espace devient territoire, comprenant les rapports idéels (les représentations) et matériels (les pratiques) entre la population de pêcheurs et l’espace maritime. En effet, le projet de PNM va « se calquer » sur ces territorialités, et nous pensons que la prise en considération de cet état des lieux préalable pourrait faciliter la mise en œuvre du processus de concertation. Et ceci d’autant plus que les gestionnaires environnementaux (souvent métropolitains) et les pêcheurs locaux se situent dans des référentiels culturels très différents, ce qui peut induire en amont une dichotomie de leurs conceptions des rapports Nature-société.


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La suite de l’article s’attachera donc à décrire une situation antérieure au lancement du projet de PNM, qui n’en était qu’au stade initial lorsque cette étude à eu lieu (mars et avril 2008). Nous insistons sur le fait que le projet de PNM ne constitue pas la problématique de fond de cet article. Ce travail s’insère principalement dans la géographie des représentations territoriales, dans un contexte culturellement différent de celui du chercheur, ce qui nécessite d’adopter une approche ethnographique. Nous pouvons donc inscrire cette recherche dans le domaine qui est à la croisée de ces deux disciplines : l’ethnogéographie, ou géographie culturelle. L’étude est issue d’une initiative personnelle dans un cadre universitaire, et ne répond à aucune commande. Le travail de terrain a donc été effectué en complète autonomie, sans aucun rattachement à une structure d’accueil locale, et les propos qui suivent n’engagent donc que l’auteur. Le recueil de données s’est réalisé sur la base d’une quarantaine d’entretiens qualitatifs menés à l’aide de traducteurs. Le guide d’entretien a été réalisé selon quatre thèmes qui peuvent composer la territorialité : l’occupation, l’appropriation, la mise en valeur et la défense d’un lieu.


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De plus, lors des recherches dans la bibliographie locale, il s’est avéré que les études de sciences humaines et sociales sur le secteur de la pêche artisanale locale étaient très rares. C’est pourquoi cette étude s’est confortée d’un deuxième volet, essentiel à la compréhension des résultats de l’étude, consistant en une description critique du contexte socioéconomique local et du secteur halieutique. Cet article se présente donc sous une forme semblable : nous présenterons d’abord brièvement les mutations socioéconomiques qui affectent la société mahoraise actuelle, puis nous verrons comment elles se traduisent dans le secteur de la pêche artisanale. Enfin, nous envisagerons l’instabilité et la précarité de la situation dans un contexte plus large de mutations territoriales qui engendre de profonds bouleversements identitaires, reflétant une crise généralisée du territoire.


L’ÎLE AU LAGON : CULTURE « DE FRANGE » ET ADMINISTRATION FRANÇAISE

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Mayotte, terminaison sud-orientale de l’archipel des Comores, est située dans la partie Nord du canal du Mozambique, dans l’Océan Indien, entre Madagascar et la côte de l’Afrique de l’Est (carte n°1). Située dans la zone balayée par la Convergence inter tropicale (CIT), l’archipel est soumis à un climat de type tropical humide.


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Depuis les années 1980 Mayotte connaît une explosion démographique, passant d’environ 50 000 habitants à presque 200 000 en trente ans. Le solde migratoire, difficile à quantifier, semble en constante croissance ces dernières années. La pression sur le milieu ne cesse donc d’augmenter (plus de 500 hab. /km² en 2007). La population active est principalement tournée vers le secteur agricole et halieutique, surtout sous forme d’autoproduction au niveau familial. Et le niveau de vie général reste assez précaire : le budget annuel moyen par individu à été estimé à 4 480€ pour ceux de nationalité française, et 2 280€ pour ceux de nationalité étrangère (principalement comorienne). La part d’autoconsommation alimentaire, qui permet d’économiser jusqu’à 25% des revenus pour les familles les plus modestes, reste plus accessible aux gens nés à Mayotte (778€ par an par ménage en moyenne) qu’aux étrangers (452€ en moyenne), contraignant ces derniers à entrer dans un circuit économique, notamment dans le secteur de la pêche (Insee Mayotte, 2007).


Carte n°1 : situation géographique de l’archipel des Comores

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Source : J. Herfaut, 2005
  • 2   Officiellement interdite par la loi d’orientation pour l’outremer du 21 juillet 2003.
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A l’instar de tout l’archipel Comorien et des Mascareignes, Mayotte fait partie des univers de cultures dites « de frange » en tant que lieu de rencontres, de mélanges et de naissances de cultures. La culture Mahoraise puise en effet ses racines dans les cultures malgaches, swahilies (notamment en ce qui concerne l’organisation sociale, les rites et croyances locales) et musulmane (environ 95% des mahorais sont de rite sunnite) dans l’organisation de la société et de la vie quotidienne (polygamie2, éducation coranique, droit coutumier,…). En effet, l’île a connu une longue période de sultanats, du XV° au XIX° siècle, notamment marquée par l’esclavage. Cette culture originale est encore très forte et doit être prise en compte par le gouvernement français : le droit commun français se superpose au droit « cadial » (inspiré du droit musulman et des coutumes africaines et malgaches). Cette situation place les mahorais dans un cadre normatif composite qu’ils doivent s’approprier pour pouvoir agir dans le jeu social local.


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La société mahoraise est fondée sur un fonctionnement communautaire (Blanchy, 1990), privilégiant le groupe à l’individu, et l’organisation sociale traditionnelle est toujours prégnante malgré l’occidentalisation rapide de la société et la diminution de la transmission orale de la culture. Enfin, la diversité culturelle se traduit par une multitude de langues locales chez la population : la plus répandue étant le shimaore (langue mahoraise utilisée dans l’enseignement coranique (avec l’arabe littéraire), les réunions et les médias locaux), puis vient ensuite le shibushi (langue malgache parlée par un tiers de la population), et on trouve enfin les langues des autres îles comoriennes (shingazidja, shindzuani, shimwali), un peu de swahili et de langues indiennes. Le français est aujourd’hui la langue officielle mais il reste peu parlé par la population en dehors de tout cadre administratif. Cependant les jeunes générations bénéficient d’un taux de scolarisation élevé (92% en 2002) même si 50% des élèves sortent du circuit scolaire sans aucun diplôme ou qualification (7% en France métropolitaine) (Insee Mayotte, 2004).  


  • 3   La ZEE est une bande de 200 milles nautiques (370 km) à partir des lignes de base, sur laquelle l(...)
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Mayotte est devenue une île française en 1841, ainsi que tout l’archipel des Comores. Puis en 1974, après un siècle et demi d’instabilité politique, a eu lieu un référendum pour l’indépendance des Comores lors duquel Mayotte a été la seule des quatre îles à demander à rester française (63,8% de la population a refusé l’indépendance, contre 95% favorables dans les autres îles). Mayotte est donc devenue une Collectivité Territoriale d’Outre Mer alors que les autres îles devenaient indépendantes après avoir protesté contre la division de l’archipel des Comores, condamnée aussi régulièrement par l’Organisation des Nations Unies. En 1995, le visa « Balladur » est imposé aux Comoriens pour tout séjour à Mayotte, faisant donc apparaître avec lui le statut d’Étranger en situation irrégulière (ESI) pour les personnes sans visa. A l’heure actuelle, la France est donc maîtresse d’un large espace maritime au sein du Canal du Mozambique puisque la Zone économique exclusive3 (ZEE) attachée à Mayotte s’étend sur 73600 km².


  • 4  Loi n°2001-616 du 11 Juillet 2001 relative à Mayotte, art. 1er : JO 13 Juillet 2001.
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En 2001, et conformément à l’article 72 de la Constitution, la collectivité territoriale a pris le nom de « Collectivité départementale de Mayotte »4 dans une démarche de départementalisation de l’île. Ainsi, Mayotte n’étant pas un Département d’outre-mer, elle ne fait pas partie de l’Union Européenne, et, malgré un régime spécial d’association en tant que « Pays et territoires d’outre-mer », le fonctionnement général de l’administration s’en trouve modifié (les services administratifs régionaux sont absents, certaines aides sociales comme le RMI et les allocations chômage sont inexistantes,…). Aujourd’hui, sous la poussée séparatiste vis-à-vis de l’archipel des Comores, Mayotte s’engage sur un processus de départementalisation, prévu dans le courant de cette année.


MODERNISATION DES TRADITIONS OU PRÉCARITÉ DU DÉVELOPPEMENT : L’EXEMPLE DE LA PÊCHE

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Le secteur de la pêche artisanale tient une place importante à Mayotte, aussi bien dans les discours que dans les pratiques. Cependant cette activité recouvre des réalités très diverses, et les différents types de pêche peuvent répondre à des finalités et à des logiques socio-économiques très variées.Le secteur est habituellement divisé en deux catégories : la « pêche traditionnelle » et la « pêche professionnelle ». Nous avons choisi de ne pas adopter cette distinction car elle ne nous semble pas adaptée aux réalités socio-économiques que ces pêches recouvrent. Nous classerons donc les pêches selon deux catégories plus objectives, liées aux styles de pêche directement : la pêche embarquée et la pêche à pied. De plus, nous ne tenons pas compte de la pêche industrielle car elle est le fait de bateaux espagnols ou métropolitains, et ne participe en rien au développement local.


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La pêche embarquée artisanale comporte la pêche en pirogue en bois, faisant partie intégrante de la culture locale, et la pêche en  barques de polyester, introduite dans les années 1980. Cette dernière, qualifiée de « professionnelle », est surtout pratiquée par des immigrés comoriens, qui ne disposent souvent pas de titres de séjour et de contrats de travail. Elle nécessite plus de moyens matériels et donc financiers (une barque coûte environ 10 000€, un moteur au moins 2 000€), et s’insère donc plus dans une logique économique : les patrons des barques emploient des pêcheurs, la part d’autoconsommation est moins importante… Cependant, malgré l’appellation de pêche « professionnelle », elle reste très rudimentaire et les conditions de pêche restent précaires (Herfaut, 2006). La pêche à pied est aussi très ancrée dans la culture locale, et donc qualifiée de « traditionnelle » au même titre que la pêche en pirogue. Elle comprend la pêche « au Djarifa », pratiquée uniquement par les femmes qui tirent un filet (drap ou moustiquaire) en marchant sur le platier, et « la collecte à pied », pratiquée à pied sur le platier du récif frangeant lors des marées basses de vives-eaux.


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Dans l’ensemble, il est évident que la pêche est un secteur très important pour la population : on estime à environ 5200 le nombre de pêcheurs dans l’île, soit une population de pêche familiale (ensemble des membres des ménages de pêcheurs, qu’ils pratiquent ou non l’activité) de 22761 personnes. Environ un quart d’entre eux pratiquent la pêche comme activité principale, dont 55% n’ont pas d’autres activités professionnelles, et 38% ont une activité agricole en plus (Agreste-Esap, 2003 ; Insee Mayotte, 2007).


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De plus, la pêche remplit une fonction vivrière primordiale : environ la moitié des ménages de pêcheurs consomme toutes leurs captures, alors que seulement 20% vendent pratiquement tout. Plus généralement, le poisson représente une des principales sources de protéines pour la population locale, et la pêche favorise donc grandement l’autonomie alimentaire de l’île. Cependant, c’est un secteur majoritairement informel, et il est très difficile de recenser précisément les pêcheurs à Mayotte. Plusieurs raisons administratives font que la majorité d’entre eux n’est pas inscrite sur le registre des pêches (RAPAM) :


  • Mayotte ne faisant pas partie de l’Union Européenne, la politique commune des pêches n’y est pas appliquée, et il n’existe donc pas de statut de marins pêcheurs,
  • Le régime de l’Établissement National des Invalides de la Marine qui permet de recenser les pêcheurs et leur offre des avantages spécifiques n’y est pas appliqué car Mayotte n’est pas un département français,
  • Les pirogues sont dispensées d’immatriculation au Service des Affaires Maritimes,
  • Beaucoup de pêcheurs sont en situation irrégulière, ne disposant pas de titre de séjour, et leur activité n’est donc pas déclarée.
  • Les activités de pêche vivrières sont très difficiles à recenser car les pêcheurs ne passent pas par un circuit de commercialisation, particulièrement pour la pêche à pied comme nous l’avons vu plus haut.
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De plus, la filière de commercialisation est très réduite : les pêcheurs embarqués peuvent vendre leurs captures à la COPEMAY (Coopératives des PEcheurs de MAYotte) et aux cinq COVIPEMM (Comité Villageois des Pêcheurs et des Eleveurs Marins de Mayotte), mais cette filière ne représente que 5% des ventes, et ce pour plusieurs raisons :


  • Les seuls bénéfices que les pêcheurs tirent de cette adhésion aux coopératives sont la détaxe du carburant (à la COPEMAY) et le prêt de barques (dans certaines COVIPEMM), ce qui est donc inutile aux pêcheurs en pirogue.
  • ces structures n’achètent que certaines espèces de poissons, et ne prennent notamment pas les bonites, qui constituent une grande partie des prises en barque.
  • La COPEMAY étant située à Mamoudzou, les pêcheurs éloignés n’ont pas les moyens frigorifiques pour conserver le poisson lors du transport.
  • Les pêcheurs en situation irrégulière (presque 70% des pêcheurs embarqués) n’osent pas forcément entrer dans une filière structurée qui les expose davantage aux risques de contrôle…
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Les tentatives de régularisation de la filière sont donc difficiles à plus d’un titre. Les démarches de professionnalisation de la filière se heurtent à plusieurs obstacles : les patrons des barques rechignent souvent à remplir les conditions nécessaires à l’obtention de titres de séjour pour leurs employés. Et la régularisation n’apporte pas forcément de garantie salariale pour les pêcheurs. En effet, l’obtention d’un titre de séjour les contraint à payer des cotisations (sécurité sociale, retraite,…) qu’ils ne peuvent pas toujours assumer, et dont ils ne profiteront pas forcément… De plus, le nom et l’adresse du patron sont inscrits sur la carte de séjour, ce qui place l’employé immigré dans une forte situation de dépendance vis-à-vis de son employeur, et ne lui permet pas de changer d’emploi s’il en trouve un moins difficile. On se trouve donc dans une situation où les pêcheurs dits « professionnels » sont rémunérés à la part, ce qui signifie en nature dans 70% des cas, et doivent parfois rembourser le prix de l’essence avancé par le patron les jours de mauvaise pêche…


CONCORDANCES ET DISCORDANCES DES TERRITORIALITÉS MARITIMES

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Globalement, les discours des pêcheurs n’ont pas fait ressortir l’existence de conflits d’usages entre les différentes pêches artisanales. Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il n’y a pas vraiment d’appropriation privée des ressources ni des lieux (au niveau personnel comme au niveau communautaire) et donc chacun peut pêcher où il le souhaite. La pêche au Djarifa constitue cependant une exception puisque les pêcheuses ont leurs zones de pêche (souvent situé en face du village de résidence du groupe), et ne sont pas bien reçues quand elles s’aventurent au-delà. Les autres pêcheurs disent changer de coin de pêche assez régulièrement (plus ou moins une rotation tous les jours, selon le choix du pêcheur). De plus, l’espace de pêche est très étendu, et les différents types de pêches ont donc chacun leur zone d’activité. Et même dans les zones de « superposition » d’usages les conflits sont peu nombreux car les techniques de pêches et les espèces visées, qui varient d’un type de pêche à l’autre, conditionnent des périodes et des lieux de pêches différents.


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Au niveau des territoires de perceptions nous avons pu noter certaines tensions non pas entre types de pêche mais entre groupes sociaux d’origines différentes (les accusations portant généralement sur les « immigrés » comoriens). Mais nous insistons sur le fait que ce conflit n’est apparemment pas lié à une question de propriété des ressources (la plupart des pêcheurs nous ont dit que « le lagon est à tout le monde »), mais plutôt à des accusations concernant leur mauvaise exploitation (techniques de pêches destructrices, exploitation des ressources incontrôlée,…). Cependant, ces accusations ne sont pas fondées scientifiquement et peuvent être mises en doute car elles s’inscrivent dans un contexte sociopolitique général qui place les immigrés comoriens en boucs émissaires.


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Concernant le lien idéel avec le lagon, les différents thèmes de réponses recueillis peuvent être classés selon deux visions de l’image du lagon qu’ont les pêcheurs. Nous savons que la valorisation touristique du lagon a construit une « vitrine » (qui a du sens aux yeux des occidentaux) : un lagon exceptionnel, fierté de l’« île au lagon », au patrimoine écologique d’importance mondiale, etc. En bref, c’est le processus classique de « mise en aquarium » de la nature par la société occidentale, qui s’en détache pour l’observer. Or, nous avons pu comprendre que les différences de discours, principalement « réparties » selon le type de pêche et l’origine des pêcheurs, s’expliquent si l’on se place d’un côté ou de l’autre de cette « vitrine » (schéma n°1) :


Schéma n°1 : Les différents positionnements par rapport à l’espace vécu.

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Sources : A. Wickel

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Cependant, les pêcheurs qui se placent en observateurs extérieurs à « l’aquarium » n’en sont pas forcément conscients, et n’ont souvent pas réellement intégré les raisons de ce discours. De plus, la valorisation touristique du lagon ne profite pas beaucoup financièrement aux pêcheurs, même aux quelques uns qui proposent des visites touristiques. On peut dès lors se demander quel est le lien entre la position qu’ils adoptent par rapport à cette vitrine et le processus de patrimonialisation du lagon ? Autrement dit, quels facteurs conditionnent le niveau d’identification à ce processus ? Sachant que, comme nous l’avons vu, les caractéristiques des types de pêches sont entremêlées, il serait difficile de penser qu’elles influencent si nettement ces différentes visions du lagon. Le caractère vivrier ou marchand, professionnel ou amateur de l’activité ne semblent donc pas entrer en jeu. De plus, les principales discordances territoriales que nous avons évoqué semblent plutôt être de l’ordre des représentations que des usages. Nous allons donc voir en quoi l’évolution du contexte sociopolitique peut conditionner ce processus de recomposition des territorialités maritimes.


TERRITOIRES RECOMPOSÉS ET IDENTITÉS MALMENÉES

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Les conflits sociopolitiques entre Mayotte et les autres îles des Comores ont créé une frontière territoriale dans les représentations de la population, matérialisée par l’imposition du visa pour l’immigration vers Mayotte. Auparavant, Mayotte était toujours considérée par la population comme faisant partie de l’archipel des Comores, et les échanges étaient nombreux entre les îles. Mais la démarcation sociopolitique de Mayotte amène ainsi un double changement d’échelle territoriale : un agrandissement du territoire insulaire vers le territoire national, et un rétrécissement du territoire de l’archipel vers le territoire mahorais.


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De leur côté, les personnes immigrées à Mayotte n’ont pas encore de « mémoire sociale » du nouveau territoire, car elles y sont installées depuis peu et ne sont pas forcément bien intégrées. En effet, l’espace a besoin du temps long pour exister en tant que territoire (Di Méo, 1998). On peut donc dire qu’elles n’ont pas encore recréé de lien territorial avec l’espace maritime mahorais.


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J. Bonnemaison dit que « le territoire est un géosymbole », qu’il définit comme « un lieu, un itinéraire, une construction, une étendue qui, pour des raisons religieuses, culturelles, politiques, prend aux yeux des groupes ethniques une dimension symbolique qui les ancre dans une identité héritée » (Bonnemaison, 1981). Or, nous avons vu qu’au niveau maritime la perception de ce géosymbole est en pleine mutation (de l’intérieur de la « vitrine » vers l’extérieur). En conséquence, tous les groupes sociaux ne sont pas égaux face au territoire symbolique. Il apparaît donc intéressant de s’interroger sur les conséquences identitaires de ce changement d’échelle territoriale.


  • 5  L’identité sociale est définie ici comme l’identité créée par les attributs sociaux objectifs, aut(...)
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Habituellement l’identité territoriale est définie comme quelque chose d’assez stable dans le temps car elle est la projection dans l’espace de l’identité des individus. Mais à Mayotte le contexte sociopolitique évolue tellement brusquement que la différenciation des identités sociales5 bouleverse les identités territoriales.


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D’une part, les mahorais subissent un rattachement « accéléré » à l’identité nationale française, doublé d’un phénomène d’acculturation général inhérent au développement de la société « moderne ». Ils doivent donc reconstruire leur identité territoriale face à un nouveau territoire. D’autre part, les immigrés clandestins sont destitués de leur identité citoyenne, et disposent donc d’une identité sociale très restreinte, qui n’est pas héritée car elle se construit à leur arrivée à Mayotte. Cette « marginalisation » identitaire ne les « autorise » pas à s’approprier un territoire et à développer une identité territoriale.


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Au-delà des discordances territoriales de perceptions (David, 2006), nous pourrions dire que nous avons ici plus largement à faire à des discordances territoriales identitaires.


DES TERRITORIALITÉS À BÂTIR : LA MOBILISATION DE LA NOTION DE PATRIMOINE

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En rapprochant les différences de représentations du lagon des discordances identitaires évoquées ci-dessus, on peut penser que la création de l’image d’ « île au lagon » est aujourd’hui fortement liée à la création d’une identité territoriale. Pourrait-on aller jusqu'à dire qu’elle y participe ? Et, dans ce cas, quelle identité voudrait-on donner avec le lagon ? Les objectifs sous-jacents sont-ils uniquement touristiques, ou davantage politiques ?


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De plus, on pourrait s’interroger sur le fondement de cette identité. En effet, l’identité territoriale est liée aussi à l’actualité : l’évolution des représentations est ici très récente car elle est liée à une évolution sociopolitique brutale. On peut donc se demander sur quelles bases elle repose : peut-on s’approprier les « valeurs de la République » en quelques dizaines d’années ? Peut-on parler d’identité culturelle (ensemble de valeurs communes entre les membres d’un groupe) ou plutôt de « statut identitaire » (nationalité) ? Les mahorais ne sont-ils pas plus proches culturellement des comoriens que des français ? Serait-il acceptable de créer des identités qui séparent des cultures communes ?


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Il a été démontré que les institutions peuvent imposer une territorialité en s’efforçant de faire accepter un territoire aux individus et aux groupes qu’ils assujettissent (Di Méo, 1998). On peut alors imaginer que celles-ci pourraient résoudre certains conflits liés à des discordances identitaires en attribuant une « place territoriale » aux différents groupes d’acteurs. En effet, selon Guy Di Méo « la relation territoriale parait, en bien des cas, un facteur de consolidation, voire de formation plus aisée des identités sociales que l’on peut qualifier, dès lors, de socio-spatiales » (Di Méo, 2005).


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Cependant, dans le contexte sociopolitique actuel, les institutions semblent plus préoccupées par l’affirmation d’une identité nationale (passant par la défense du territoire face à l’immigration clandestine) qui aboutit forcément à des discordances identitaires : selon G. Di Méo, « affirmer une identité nationale sur la base d’une délimitation territoriale, c’est tôt ou tard en venir à exclure l’autre » (Di Méo, 1998). Pour résumer, nous pourrions dire qu’à l’heure actuelle nous assistons à la déconstruction d’un territoire « naturel » (dont la construction n’avait pas fait l’objet de projets) et à sa reconstruction avec cette fois des enjeux politiques, économiques, touristiques,… Mais, du fait que tous les acteurs locaux ne soient pas pris en compte dans le projet de territoires, on retrouve une société à deux vitesses, économiquement, socialement et culturellement. Cette dichotomie se retrouve dans l’organisation sociale et dans l’identité culturelle, considérablement perturbées par ces évolutions, et donc dans le produit des deux : le territoire.


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Face à cette crise du territoire, il semble plus que jamais essentiel de mettre en place des réflexions à cette échelle pour un développement cohérent… Cependant, nous y revenons encore une fois, il apparaît très difficile de créer des territoires de projets cohérents sans coordonner les territorialités des différents acteurs (Debarbieux, Lardon, 2003). Si cela paraît difficile dans le contexte actuel, nous pouvons émettre quelques pistes de réflexion concernant les possibilités d’actions dans un tel contexte. Du côté des pêcheurs mahorais on peut penser que la crise identitaire qui les touche pourrait être réduite en partie par un processus de patrimonialisation de la pêche dite « traditionnelle » (pirogues, Djarifa, collecte à pied). On peut penser que‘en valorisant une identité mahoraise « traditionnelle », on permettrait aux mahorais de s’approprier une « image identitaire » qui légitimerait leur appartenance culturelle à l’archipel comorien. Cela pourrait freiner la course à l’identité française, et, partant, stopper la division identitaire au sein d’un même peuple. Il s’agit simplement de « faire surgir le fait culturel d’une volonté politique pour imposer la cohésion socio-spatiale » (Di Méo, 1998), autrement dit, d’accepter de créer un territoire multiculturel.


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De plus, le territoire s’apparente à un patrimoine (Di Méo, 1998), et le processus de patrimonialisation pourrait donc passer par le fait de leur « redonner leur territoire » (le lagon) pour qu’ils puissent récupérer en partie leur identité (Claval, Singaravelou, 1995). Cela ne signifie pas qu’il faille abandonner le milieu marin de tout contrôle, bien au contraire, mais plutôt en confier la gestion aux acteurs locaux les plus concernés : les pêcheurs.


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Enfin, on peut penser qu’un autre intérêt du processus de patrimonialisation serait d’identifier précisément et de valoriser la dimension « sacrée » du lagon (même si elle plutôt faible en apparence, elle comprend aussi toutes les représentations des liens nature/société chez les pêcheurs locaux), pour éviter la perte de repères culturels et donc la rupture sociale que pourrait créer une trop forte marchandisation du milieu (du moins de ses ressources). Néanmoins, il faut rester prudent quant à ce dernier point car le processus de patrimonialisation est aussi un support de développement touristique et économique, qui peut donc aussi constituer une marchandisation du milieu.


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Il est aujourd’hui reconnu que les patrimoines naturels et culturels sont fortement liés. Il s’agirait donc en somme, par une gestion intégrée de l’espace maritime, de viser leur réappropriation matérielle et symbolique par les populations locales pour que l’« île au lagon » ne reste pas qu’un slogan touristique.


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On sait que la construction ou la réaffirmation d’une identité à des fins touristiques peut poser certains problèmes (comme à Zanzibar, à l’île Maurice, en Polynésie française,…), mais ici l’objectif resterait avant tout de résoudre la crise identitaire qui touche l’île pour le maintien de la cohésion sociale, en veillant à respecter tous les acteurs en présence. Et pour que le secteur touristique, si important pour l’économie mahoraise, puisse bénéficier de ces processus de patrimonialisation sans pour autant construire une « fausse » identité complètement détournée de l’identité locale, il faudrait veiller à mettre en place un réel « écotourisme », au sens premier du terme, écologiquement et culturellement responsable.


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En revanche, en ce qui concerne l’intégration des pêcheurs immigrés, les choses sont moins évidentes. Leur statut d’ESI ne permet pas vraiment de leur accorder une place légitime dans le territoire. Les solutions seraient peut-être à chercher dans une coopération régionale, nécessaire pour mettre en avant une culture commune et créer des identités territoriales qui s’accordent. L’objectif serait peut-être d’aboutir à une gestion communautaire prenant en compte mahorais et comoriens, comme un peuple uni par sa culture commune, sans distinction de nationalité...


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De plus, on assiste en ce moment au développement d‘un nouveau type d’embarcations : les palangriers. Cette activité ne comprend pour l’instant que trois embarcations mais son expansion est très encouragée par le Conseil Général et l’Etat, qui subventionnent de nouveaux bateaux adaptés, avec une capacité de pêche nettement supérieure à celle des barques, et qui vont donc sûrement s’imposer sur le marché halieutique. Cependant, le développement d’un tel type de pêche laisse entrevoir des possibilités d’emploi très réduites, et on peut donc s’interroger sur le devenir des vingt et quelques milliers de personnes qui subsistent actuellement grâce aux revenus (financiers ou alimentaires) de la pêche. Leur reconversion sera d’autant plus difficile que, même lorsqu’ils ont des papiers d’identité valables, la plupart des pêcheurs n’ont aucune qualification pour effectuer un autre métier. Et les principaux secteurs d’emplois locaux qui ne demandent pas de qualification sont saturés : pour l’agriculture, l’accès aux terres est difficile pour les immigrés, et pour le bâtiment la demande ne pourra combler une telle offre. Il est donc difficile d’imaginer que la situation puisse s’améliorer par une telle évolution.


CONCLUSION

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Nous avons pu voir que le concept de « territorialité » prend ici tout son sens pour comprendre les enjeux de pouvoir qui se dissimulent derrière une situation et qui expliquent la « crispation » dans laquelle se trouve l’île. Mais, au-delà de la phase de compréhension, comment la prise en compte du territoire dans sa globalité conceptuelle peut aider à résoudre concrètement cette situation ? En effet, dans le contexte mahorais, les responsables environnementaux doivent prendre en compte des problèmes de nature et de taille très différentes, et il semble donc presque impossible de mettre en œuvre des projets qui prennent en compte tous les conflits et les enjeux à cette échelle.


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Quelles solutions s’offrent alors à l’île pour sortir de sa crise territoriale et identitaire ? Comme l'écrit C. Le Visage “ce sont les enjeux qui définissent le territoire et non l'inverse“ (Meur-Férec, 2007). On est donc en droit de s’inquiéter pour l’avenir prochain du territoire mahorais… L’île subit malgré elle des enjeux d’ordre nationaux qu’elle ne peut pas assumer seule, mais la « mère patrie » reste bien loin, et pas seulement au sens physique du terme… Dans ce contexte on peut se demander si la départementalisation de l’île, prévue normalement en 2009, va débloquer la situation, et de quelle manière… Peut-on craindre que cela accentue la « fermeture » de Mayotte sur elle-même, à l’heure où l’avenir serait peut-être dans une ouverture vers la coopération régionale ?


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On peut penser que la gestion environnementale participative nécessite un contexte sociopolitique relativement stable, au moins en ce qui concerne les acteurs qu’elle va rassembler. Et il est évident que les conflits dans la gestion du territoire maritime de Mayotte ne sont pas vraiment à chercher dans des incompréhensions culturelles entre acteurs. En effet, il semble très difficile de résoudre les questions de gestion environnementales sans régler d’abord le problème en amont. Or, c’est un problème politique très complexe, qui n’est pas du ressort des gestionnaires environnementaux, mais qui n’est pas non plus entièrement confié aux pouvoirs publics locaux car une bonne majorité des conflits trouvent leur source dans des enjeux de politique internationale.


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Mais, face à l’urgence sociale et écologique de la situation, il est difficile de ne pas réagir. Une solution serait de miser sur l’aspect social de la gestion de l’environnement, notamment dans la gestion concertée visée par le PNM, et de dépasser un cadre politique quelque peu sclérosé pour « faire avec » les réalités du terrain, en prenant en compte les différentes populations concernées, et en s’adaptant à leurs crispations identitaires. En effet, la gestion intégrée de l’environnement et l’approche participative voulue par le PNM placerait les populations locales au sein même du dispositif de gestion, « sans naïveté idéologique, en tant qu’acteurs politiques, en tant que citoyens » (Clua et Herrenschmidt, 2006).


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De plus, si au niveau national comme international, le discours sur la gestion participative et la cogestion sont de plus en plus fréquents dans l’administration des aires protégées, il subsiste une faible législation en termes de participation et de démocratisation ainsi que l’absence d’organismes publics chargés d’appliquer ces politiques de modification. De nouveaux outils de gestion tels que le PNM pourrait donc permettre de renforcer l’application effective des concepts et des règles institutionnelles qu’exige ces processus de concertation en s’adaptant aux systèmes sociaux et politiques locaux. En effet, « l’expérience montre qu’autonomiser les procédures de leur contexte décisionnel et de leur objet revient généralement à s’allier de facto aux acteurs qui cherchent à limiter l’explicitation des situations rencontrées pour mieux inhiber les changements promus par les approches participatives » (Bouamrane, 2006, p.37).


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Le projet est trop récent pour pouvoir en tirer des conclusions, et il sera intéressant de voir l’évolution de la situation une fois que le processus de concertation sera lancé. On peut espérer que le PNM de Mayotte puisse constituer un exemple de réussite pour démontrer comment la gestion environnementale concertée peut permettre de dépasser un contexte sociopolitique difficile, voire même de contribuer à son amélioration.


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BIBLIOGRAPHIE

AGRESTE-ESAP, 2003, Enquête statistique sur l’agriculture et la pêche - Mayotte 2003, Mayotte, N°3-DAF.


BLANCHY S., 1990, La vie quotidienne à Mayotte, Paris, L'Harmattan.


BONNEMAISON J., 1981, « Voyage autour du territoire », L’Espace Géographique, n°4, p.249-262.


BOUAMRANE M. (dir.), 2006, Biodiversité et acteurs : des itinéraires de concertation, Réserves de biosphère - Notes techniques 1, Paris, UNESCO-MAB.


CLAVAL P., SINGARAVELOU (dir.), 1995, Ethnogéographies, Paris, L’Harmattan.


CLUA E., HERRENSCHMIDT J.B., 2006, « Vers une gestion plus “culturelle” des milieux naturels en Océanie ? », [En ligne] : http://www.c3ed.uvsq.fr/cdgecorev/fr/pdf/t7/Clua.pdf


DAVID G., MIRAULT E., THOMASSIN A., 2006, « Les concordances territoriales au cœur de la gestion intégrée des zones côtières à la Réunion »,[En ligne] http://letg.univ-nantes.fr/colloque/pdf/C3_0305_DAVID.pdf


DEBARBIEUX B. et LARDON S. (dirs), 2003, Les figures du projet territorial, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube.


DI MÉO G., 1998, Géographie sociale et territoires, Paris, Nathan Université (Coll. Fac Géographie).


DI MÉO G., BULÉON P., 2005, L’espace social, lecture géographique des sociétés, Paris, A. Colin.


HERFAUT J., 2006, Suivi statistique de la pêche artisanale mahoraise : Effort de pêche, captures et CPUE en 2005, Mayotte, INENV.


INSEE Mayotte, fiche n°29 « consommer à Mayotte » (2007), tableau économique n° 16 « pêche » (2006-2007), fiche n°32 « recensement général de la population » (2007), fiche n°15 « la scolarisation à Mayotte»  (2004).


GUEZEL R., 2007, Identification des acteurs, perception et enjeux autour du lagon dans la perspective du projet de parc naturel marin à Mayotte, Mémoire de Master 2 GENIe des Anthroposystèmes Littoraux de l’Université de La Rochelle.


MEUR-FEREC C., 2007, « La GIZC à l’épreuve du terrain : premier enseignements d’une expérience française », [En ligne] http://developpementdurable.revues.org/document4471.html


WICKEL A., 2008, Regards géographiques sur l’île au lagon. Enjeux territoriaux autour de la pêche à Mayotte, Mémoire de Master 1 Géographie et Aménagement de l’Université de Toulouse Le Mirail, GEODE.


WICKEL J., ROLLAND R., 2004, Projet de Réserve naturelle du lagon de Mayotte, Dossier de prise en considération par le Conseil National de Protection de la Nature, Mayotte, Rapport DAF/SEF/BPN.


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NOTES

1  « Mahorais » : relatif à Mayotte.


2   Officiellement interdite par la loi d’orientation pour l’outremer du 21 juillet 2003.


3   La ZEE est une bande de 200 milles nautiques (370 km) à partir des lignes de base, sur laquelle l’État côtier possède les droits d’exploitation, de conservation et de gestion des ressources naturelles biologiques ou non biologiques des eaux surjacentes aux fonds marins, d’autres activités économiques, telles que la production d’énergie à partir de l’eau, des courants et des vents. (Nations Unies, 1982)


4  Loi n°2001-616 du 11 Juillet 2001 relative à Mayotte, art. 1er : JO 13 Juillet 2001.


5  L’identité sociale est définie ici comme l’identité créée par les attributs sociaux objectifs, autrement dit par l’ensemble des places qu’on occupe dans une société.


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POUR CITER CET ARTICLE
Référence électronique
Antoine Wickel, « Crise du territoire à Mayotte : l’exemple de la pêche artisanale », L'Espace Politique [En ligne], 6 | 2008-3, mis en ligne le 11 avril 2009, Consulté le 06 février 2010. URL : http://espacepolitique.revues.org/index980.html
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AUTEUR
Antoine Wickel
Géographe
Université de Toulouse le Mirail
anwickel@gmail.com
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DROITS D'AUTEUR
Tous droits réservés


samedi 30 janvier 2010

Deux chutes de neige cet hiver 2009-2010 au Bost


La première chute fut peu épaisse.



La seconde, du 6 janvier, puis du 9, beaucoup plus marquée.


samedi 17 octobre 2009

A call for unity, not segregation

A call for unity, not segregation

Without blacks’ sacrifice, Latinos would be 30 years behind in the fight for civil rights.


By Hector Tobar


June 16, 2009


http://articles.latimes.com/2009/jun/16/local/me-tobar16



Earlier this year, I attended one of those sedate conferences writers get invited to every so often. I talked for an hour or so very politely about books, until the audience rose up in rebellion and told me to stop.


I’d been invited by USC to be on a panel discussing the topic of blacks and Latinos in Los Angeles literature. But the mostly student audience didn’t want a writerly chat. They wanted to talk about the reality of a divided, angry city.


“There’s certain parts of Watts and Compton where blacks can’t go,” a young black man told us, rising up from his seat to describe Latino gang members’ slurs and threats.


A high school teacher rose to his feet, too, to talk about his Latino students’ ignorance of African American history and the intolerance he often hears from the Spanish-speaking immigrants around him.


It hurts me deeply to hear of these things. I suppose, like a lot of people, I’ve been in a sort of denial about what’s happening in my hometown.


Earlier this month, a few idiots with spray paint, and hate in their hearts, ran an African American family out of a predominantly Latino neighborhood in Duarte. It was the latest in a series of incidents in which suspected Latino gang members have committed crimes against black people.


These acts of intolerance are obviously the work of a tiny minority of delinquents. And yet they feed a larger malaise among African Americans. A lot of black people feel they’re being crowded out and disrespected by the growing plurality of Latinos around them.


I know that mostly our two peoples are working, living in peace and even starting families together. And yet the seeds of a deeper intolerance lie all around us, ready to sprout.


More often than we care to admit, our people segregate themselves from blacks in schools and churches.


And how many of us Latinos have been at family gatherings and heard some obnoxious old uncle drop a racist remark? Generally speaking, do we have the courage to stand up and tell the guy to shut up? No. We’re Latinos, and we don’t like to make an “escándalo” if we can avoid it.


Still, it is those who publicly and privately speak ill of African Americans whom I address today, because the “escándalo” can’t be put off any longer.


Listen up, raza. We’re walking in the footsteps of giants. Black people have bled and been beaten in the name of equality, and without their sacrifice, we’d be 30 years behind where we are today.


The long, African American struggle for civil rights has blossomed into an oak tree of justice whose large canopy protects all of us, no matter our color. And these days there are more of us Latinos huddled under its branches, seeking shelter from discrimination, than any other group.


Let’s start with the basic fact of our citizenship. Like thousands of others Angelenos, I am the son of immigrants. I thus owe my citizenship to Dred Scott, a slave who sued for his freedom in 1857, and to people like Frederick Douglass, who took up his cause.


Scott provoked the Supreme Court into one of the most shameful rulings in American history. Scott vs. Sandford declared that no one of African descent could be a U.S. citizen.


After the Civil War, the black struggle to erase Scott vs. Sandford from American jurisprudence led to the passage of the 14th Amendment, which grants citizenship to those born in the United States. But these days, the children of Mexicans and Central Americans are its chief beneficiary.


Scott and Douglass lived a long time ago, it’s true. But they’re not the only people who helped pave the way for us.


If you’re Latino and have had the pleasure of voting for someone with a Spanish surname, if you live in an integrated neighborhood, you have the dead and battered of 1960s Birmingham and Selma, Ala., to thank for it. Their martyrs are our martyrs too, because their sacrifice made the civil and voting rights we now enjoy possible.


Every Latino civil rights leader knows this. It’s why Cesar Chavez treasured the telegram he received from Martin Luther King Jr. in 1968, just a month before King was killed.


“As brothers in the fight for equality, I extend the hand of fellowship and goodwill . . . to you and your members,” King wrote. “Our separate struggles are really one -- a struggle for freedom, for dignity and for humanity.”


There’s history and then there’s present-day reality. There, too, our debts are clear.


Many of the new Latino neighborhoods in Los Angeles and surrounding cities have been established in historically black communities.


There was no organized black resistance to the “browning” of South-Central Los Angeles or Compton. Yes there were isolated crimes against Latino people in those places, but the more common, everyday truth was that African Americans accepted the arrival of strangers into their neighborhoods.


I saw this firsthand in 1992, when I lived in South-Central on assignment, with my Times colleague Charisse Jones to profile a community in transition from black to brown. We met African Americans who had learned a few words of Spanish and who remembered how whites tried to keep them out of the neighborhood in the 1950s.


“I was once in the same boat they are,” a 70-year-old black resident said of his Latino neighbors. “I don’t mistreat them because I didn’t want to be mistreated.”


I benefited from African American hospitality even before I was born. Which brings me to what may be the real reason I’ve written this column.


If anyone out there knows a black man named Booker Wade who lived in Hollywood in the early 1960s, let me know. He was a neighbor of my mother and father, newly arrived Guatemalan immigrants.


They spoke a language he didn’t understand, but when my mother went into labor, he drove her to the hospital. I’ve never met Mr Wade, who was my godfather. But I owe him about a thousand thank-yous.


And maybe in a way all of us in Latino L.A. have black godparents we need to make the effort to acknowledge.


hector.tobar@latimes.com

samedi 27 juin 2009

Greenpeace Opposes Waxman-Markey ...

Greenpeace Opposes Waxman-Markey
Climate Bill not Science-Based; Benefits Polluters
June 25, 2009
WASHINGTON, D.C., United States — In advance of tomorrow’s vote on the American Clean Energy and Security Act in the House of Representatives, Greenpeace USA Deputy Campaigns Director Carroll Muffett issued the following statement:"Since the Waxman-Markey bill left the Energy and Commerce committee, yet another fleet of industry lobbysists has weakened the bill even more, and further widened the gap between what Waxman-Markey does and what science demands. As a result, Greenpeace opposes this bill in its current form. We are calling upon Congress to vote against this bill unless substantial measures are taken to strengthen it. Despite President Obama’s assurance that he would enact strong, science-based legislation, we are now watching him put his full support behind a bill that chooses politics over science, elevates industry interests over national interest, and shows the significant limitations of what this Congress believes is possible.
“As it comes to the floor, the Waxman-Markey bill sets emission reduction targets far lower than science demands, then undermines even those targets with massive offsets. The giveaways and preferences in the bill will actually spur a new generation of nuclear and coal-fired power plants to the detriment of real energy solutions. To support such a bill is to abandon the real leadership that is called for at this pivotal moment in history.  We simply no longer have the time for legislation this weak.  
“With many others in the environmental, faith and consumer rights communities, Greenpeace has expressed tremendous concern about the role of offsets in this legislation.  Unless strictly controlled, the abuse of offsets could prevent real emission reductions for more than a decade.  The decision to move authority over offsets from EPA to the Department of Agriculture further reduces the likelihood that such controls will be maintained and increases the likelihood they will undermine real reductions.
This legislation sends a strong and unmistakable signal to the world that the United States is not yet ready to show the leadership necessary to reach a strong agreement at Copenhagen in December.  Already, we are seeing the impact of this signal as one country after another retreats from the aggressive targets needed to avoid catastrophic climate change.
We call on the Congress to reject this bill and begin immediate and urgent work on legislation that treats seriously the dire threat of climate change.  We call on President Obama to move beyond rhetoric and deliver on his commitments to “restore science to its proper place” and to lead the world in addressing climate change.
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Contact: Molly Dorozenski, 917-864-3724, mdorozen@greenpeace.org
Daniel Kessler, Media Officer, 510-501-1779, dkessler@greenpeace.org
Carroll Muffett, Deputy Campaigns Director, cmuffett@greenpeace.org

lundi 18 mai 2009

Springtime back home in France

Iris du Suchet

Fleur aux cochons dans les bois du Bost

Seringa épargné par Atila

Bouton d'or au Bost

Roses devant la vieille cuisine au Bost